Intervention de Patrick, dimanche.. devant l'Eglise rassemblée.

Publié le par LOURDES - SUR MES 4 JAMBES

Toute l'histoire commence cet après-midi de septembre 2000. Une malencontreuse et banale chute de cheval tourne au drame. La colonne vertèbrale fracturée, au niveau de la 2ème lombaire, la möelle épinière sectionnée partiellement.. je suis évacué à Besançon via Vesoul.

 

Après l'intervention, le chirurgien m'annonce sans détour que je ne remarcherais plus, pas plus de 2% de chances. Cela voulait tout simplement dire, fauteuil roulant pour le restant de mes jours.

A 51ans, actif, sportif, c'est un véritable coup de massue qui m'est asséné. Je crois rêver, ce n'est pas possible.

Les heures, puis les jours passent. Il faut se rendre à l'évidence, il n'y a qu'à regarder tous ceux qui viennent me rendre visite. Malgré tous leurs efforts, leurs visages sont sans équivoque. Je garde surtout en mémoire le visage complétement défait de mes quatres petites cavalières de l'époque. Devant une telle détresse, que faire, sinon réagir?

 

Il faut trouver la ressource nécessaire, les forces morales suffsantes pour ne pas sombrer. Ma chance est d'avoir été, dès le plus jeune âge, élevé dans la foi et bien sûr, j'ai prié, j'ai imploré le ciel de faire quelque chose (quoi? je ne savais encore pas) et de m'aider surtout à faire face. Le déclic allait arriver quelques jours plus tard.

Je me suis promis, quoiqu'il advienne, de remonter à cheval. Je fis le serment à Arlette, que si je remarchais un jour, j'irai à Lourdes à cheval.

Dès cet instant, c'était gagné, j'avais accepté mon nouveau statut de "handicapé", mais je ne m'imaginais pas, à l'époque que ce serait aussi long.

 

Pourquoi Lourdes et pourquoi y aller?

C'est la question que m'avait posée les jeunes de l'A.C.E. de Jasney, venus me recontrer au mois de Mai 2008. "Pourquoi vous allez à Lourdes si vous êtes guéri?" Je leur répondis tout simplement, "même si je remarche avec mes cannes anglaises, je ne suis pas complètement guéri mais surtout, si je vais à Lourdes, c'est d'abord pour respecter mon serment, fait en septembre 2000. Mais aussi pour remercier Marie qui certainement m'a entendu et m'a donné la force morale, le mental pour travailler chaque jour pendant les 40 mois que j'ai passé au centre de rééducation de Navenne. 40 mois pendant lesquels j'ai réussi à ne pas me décourager, malgré, au début surtout, aucun signe de récuperation." Au passage, les jeunes s'étaient cotisés pour participer à mon périple, message très fort de partage.

 

Septembre 2007, 7 ans après, nous avons pris Gérard et moi, avec le soutien de toute ma famille la décision de préparer ce périple pour 2008 (je ne pouvais de toute façon pas y aller seul.)

* Définition de l'itinéraire (le chemin de Compostelle depuis Fondremand),

* Définition du calendrier,

* Réservation des gîtes (il fallait absolument la place pour les chevaux),

* Recherche de partenaires.

 

Cela nous a pris 4 mois, de fin septembre à fin janvier. Le 1er semestre 2008, nous a permis de nous préparer physiquement car on ne se lance pas comme ça sur une telle aventure. Le départ a été ainsi fixé au 29 juin de cette année, à 3 cavaliers, Bavo, un ami belge nous avait demandé de se joindre à nous. Lourdes a donc été rallié comme prévu le 16 août soit 50 jours, 44 étapes d'une trentaine de kilométres, et 6 jours de repos qui nous ont conduit au but, par Châlon-sur-Saône, Cluny, Le-Puy-en-Velay, Conques, Moissac et Tarbes et 1251km parcourus.

 

Si le côté "défi sportif" n'était pas à négliger, il y avait bien sur une volonté de respecter mon serment car j'ai presque abandonné le fauteuil depuis avril 2007. Mais surtout, le côté spirituel était présent, et c'était ma façon de remercier le ciel de m'avoir soutenu pendant ces longues années. Je n'avais pas choisi le chemin de Compostelle par hasard. Si jusqu'au Puy-en-Velay, nous n'avons rencontré qu'une seule personne, la partie du Puy à Conques a été très riche en rencontres (Familles complètes, parties pour quelques jours, une semaine ou plus, Marcheurs de tous niveaux, ne considérant que l'aspect sportif, Pélerins confirmés qui se lancent pour quelques semaines, ou tout simplement, pour atteindre Saint-Jacques-de-Compostelle.)

Je savais que nous y ferions des rencontres très enrichissantes et que les relations humaines que nous y trouverions seraient extraordinaires. Tous ces échanges ont pris une ampleur que nous n'envisagions pas, dès lors que tous ces gens découvrent notre démarche.

Cette famille de 7 personnes, le plus jeune avait 7 ans, partie du Puy pour aller à Conques, près de 200 km,

Cette quinzaine de jeunes gens, anciens scouts, pleins de ferveur, que nous avions cotoyés pendant presque une journée,

Ce prêtre et cette soeur, sacs au dos, pas spécialement préparés, que nous avons laissés derrière nous,

Ces dames, au moins sexagénaires, souffant en silence sous la fatigue et la chaleur, mais rayonnantes,

Cette autre famille rencontrée dans l'Aubrac,

D'autres cavaliers s'étant joints à nous, pour quelques heures ou plus...

 

Chacune, chacun avait ses propres motivations, ses propres espérances, ses propres croyances, mais tout le monde dans un esprit de tolérance extrème, respecte son voisin, lui propose son aide, partage les dernières gouttes de la gourde!

Pendant toutes ces périodes, les tracas quotidiens de la vie, les soucis d'ordre matériel sont relègués au second plan, rangés au placard et il n'y a plus que des gens qui marchent, ensemble, et dans la même direction.

Si, au premier abord, certains pouvaient nous envier d'être à cheval, tout s'arrangeait dès lors qu'ils comprenaient ma situation et il nous est arrivé d'avoir du mal à terminer nos soirées en gîte, tellement les échanges étaient nombreux "Il fallait repartir le lendemain matin."

 

Plus notre cheminement nous rapprochait de Lourdes, plus notre impatence mais aussi notre déception grandissaient... Impatience car je savais notamment que mes enfants et bon nombre d'amis seraient là, j'allais retrouver tout le monde après 7 semaines... Déception, car malheureusement, ce périple, ces 7 semaines vécues en symbiose totale allait se terminer. Ses sentiments très confus allaient être totalement dissipés à notre arrivée à la porte Saint-Michel. Munis de l'autorisation du directeur du sanctuaire, accompagnés de près de 30 personnes, nous nous sommes rendus à la grotte, au milieu de la foule médusée, mais respectueuse. Pendant toute cette traversée, notre silence n'était troublé que par le crépitement des flashs des touristes, et surtout par les applaudissements d'un groupe d'enfants (une trentaine) qui peut-être étaient au courant de notre périple.

L'arrivée devant la grotte, en présence du chapelain qui nous avait été délégué, a été empreinte d'une émotion sans nom. Ces presque 8 années ont défilé devant mes yeux. J'ai repensé à ce serment fait et que je venais d'accomplir. J'ai pensé à tous les moments de prière que j'avais connus au moment où j'en avais grand besoin. J'ai pensé à ces jeunes de l'A.C.E., les bricolos de Jasney et leurs petits mots empreints de respect et d'émotion. J'ai pensé à ma famille qui m'a supporté pendant tous ces moments difficiles. J'ai pensé à mes 4 petites cavalières venues me voir en 2000 à Minjoz, effondrées au pied de mon lit (trois d'entres elles étaient présentes, la 4ème Charlène, se bat à son tour depuis plus de trois mois contre un coma qui ne veut pas la lâcher). Et j'ai pensé à Marie, qui m'a aidé pendant tout ce temps, et qui m'a permis, grâce à Bavo et Gérard, d'être là ce samedi 16 aout (car ce ne fût pas toujours facile notamment dans le Massif Central).

 

Ce périple, ce pélerinage a pour moi un autre grande signification et c'est ce que je vais m'attacher à faire maintenant.

Le handicap n'est pas une fin en soi, le physique n'est qu'une part de l'homme, certes ce n'est pas une chose facile à accepter, je suis passé par cette étape. La famille, les amis ont un rôle majeur à jouer. Une fois cette épreuve franchie, il faut apprendre à vivre avec, et surtout s'affranchir du regard des autres. Le handicap n'interdit pas de vivre ses passions, on les vit tout simplement différemment, même si le recours à des tiers est indispensable. On peut les vivre pleinement, et c'est ce que j'ai voulu aussi prouver par ce pélerinage.

 

C'est le message que je vais maintenant m'efforcer de faire passer en rencontrant des personnes handicapées, des jeunes pour leur faire partager mon aventure de 7 semaines, avec ses bons et parfois moins bons moments; leur dire aussi qu'il ne faut pas se replier sur soi-même, s'enfermer dans le désespoir, le salut viendra de l'esprit et c'est dans la rencontre avec les autres, que l'esprit s'enrichira et trouvera sa force.

Je souhaite enfin faire partager à des personnes handicapées le bonheur d'être à cheval d'autant que les bienfaits de ces thérapies ont été prouvées, et que j'ai pu en bénéficier. C'est pourquoi en liaison avec les clubs qui le souhaiteront et les fonds qui nous restent de cette aventure, en partenariat avec 2/3 centres de rééducation, je vais m'attacher à organiser des séances spécifiques.

 

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Publié dans Lourdes

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E
J'étais présente dimanche matin à l'église, lors de ton intervention j'étais très émue.En lisant ta lettre l'émotion est toujours aussi présente. Quel courage tu as et quelle volonté!!!Je suis sur que ton histoire donnera de l'espoir à des personnes qui ne vont pas bien. Chapeau Patrick, bisous
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Y
..........<br /> Respect à vous les gars, c’est vraiment trop génial<br /> De vous êtes embarqués, dans ce défi à cheval<br /> Et votre pote valide, peut bien vous dire bravo<br /> Car si je me goure pas, son prénom c’est Bavo<br /> Chapeau aussi aux filles, à Arlette et Véro<br /> De s’être tant investies, auprès de ce trio<br /> Sans oublier Loubard, Inéas et Coquin<br /> Car c’est bien sur leur dos, que s’est fait le chemin<br /> C’est donc à ma manière, que je viens rendre hommage<br /> A ton courage Patrick, et pour le tien Gérard<br /> Avec ces quelques lignes, que j’adresse à chacun :<br /> <br /> Quelque chose s’est brisé, ce foutu jour de guigne<br /> Mais même « accidenté », tu as su rester digne<br /> Et puis faut bien l’avouer, çà aurait pu être pire<br /> Ne plus te trouver là, tu vois ce que j’veux dire<br /> Mais c’était pas ton jour, pour déjà nous quitter<br /> Le destin t’a frappé, mais il t’a épargné<br /> Il t’a juste fait un signe, pour dire vas-y mollo<br /> Que s’il devait rev’nir, il te f’rait pu d’cadeau<br /> Que la vie c’est juste beau, et qu’il faut l’entretenir<br /> Qu’il faut t’en occuper, comme des tiens comme d’un chien<br /> Si on te l’a donnée, c’est pas pour en faire rien<br /> Mais vous l’avez prouvé, en remontant à cheval<br /> Celui-là même par qui, est arrivé votre mal<br /> Mais pour finir enfin, tu l'auras bien posée<br /> Cette vilaine maudite pierre, sur laquelle t’es tombé<br /> Je redis à vous deux, toute mon admiration<br /> Face à tant de courage, mes félicitations.
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Y
Je vous avais quitté le 6 août et comme promis me voilà de retour !<br /> Je viens de prendre connaissance des derniers épisodes.<br /> Le but aura donc été atteint et l’aventure est finie, alors...............
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F
Une lettre très émouvante pour une si belle aventure.<br /> Milles bravos aux cavaliers, aux chevaux, à la famille pour ce récit qui nous a passionné, ému, et qui force le respect.<br /> Bien amicalement. Maman Flo.
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G
eh oui, notre massif central est rude et difficile d'accès, mais les ames sont là, avec le respect des autres, et le sens des valeurs (saufs quelques grincheux du vieux pont)... on attent la suite avec impatience
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